Yazma Eser Arama Paneli

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Asa Lanova (Du geste au mot)

Müellif Willy Rohrbach
Materyal türü Yazma eser
Dil Çok dilli
Kurum Association Films Plans-Fixes
Kaynak Europeana
Not Elle s'est toujours dit: «Quand même!» A 17 ans, Asa Lanova part à Paris pour prendre des cours de danse avec Olga Preobrajenska, ancienne prima ballerina du ballet impérial russe. Elle fait immersion dans l'univers russe avec ses drames et exaltations qui lui paraissent magiques. Peu importe le quotidien difficile dans une mansarde misérable, elle ne vit que pour la danse. Lors d'une audition dans la salle Pleyel, elle voit Maurice Béjart. Une véritable passion naît de cette rencontre, qui ne s'éteint pas après la mort du maître de la danse moderne. Tout d'un coup, elle prend la fuite et va vers d'autres maîtres et d'autres scènes jusqu'au jour où tout semble s'arrêter. Mais quand même! Asa Lanova s'installe dans une ferme et fait de belles tapisseries en dérivant progressivement vers l'écriture qui la fait entrer dans un monde de fiction. Cette quête sans cesse recommencée nous fascine par ses horizons recelant un indicible mystère. 00:00:00 – 00:00:10 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Asa Lanova et tourné à Pully le 1er avril 2009. L'interlocuteur est Jean-Pierre Pastori. 00:00:10 – 00:00:59 (Séquence 1) : L’équipe de Plans-Fixes se trouve dans la propriété familiale d’Asa Lanova à Pully où elle a passé une grande partie de son enfance. Elle mentionne qu’un griottier, un arbre se dressant dans le jardin, est chargé de souvenirs, il a été planté par son grand–père. Celui-ci l’a élevée et lui a appris le sens de la terre. Il était fils de paysan et, à sa mort, lui a légué un héritage. Chaque matin, elle plaque ses mains contre l’écorce de cet arbre qui lui donne une sensation de communion. L’interlocuteur précise qu’au cours de cet entretien ils vont évoquer la figure de son grand-père et d’autres personnes de l’entourage d’Asa Lanova. 00:00:59 – 00:01:07 (Séquence 2) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Asa Lanova et tourné à Pully le 1er avril 2009. L'interlocuteur est Jean-Pierre Pastori. 00:01:08 – 00:02:36 (Séquence 3) : Asa Lanova vit entourée d’animaux dans la maison familiale chargée de souvenirs. Elle était une petite fille timide et peureuse au physique ingrat, car très maigre. Elle ne s’entendait pas très bien avec ses parents. Elle avait deux grands-mères merveilleuses et un grand-père qu’elle adorait. Son enfance s’est déroulée à la fois de manières heureuse et malheureuse. Dans cette maison résonnent encore les disputes entre sa grand-mère paternelle et sa mère. Ses parents vivaient d’un côté de la maison tandis que ses aïeux en occupaient une autre partie. La mère d’Asa Lanova l’a eue très jeune à l’âge de 18 ans. Elle était souvent gardée par ses grand-mères, car ses parents souhaitaient profiter de leur jeunesse sans sa présence. C’était l’époque des bals à l’occasion desquels sa mère revêtait une belle robe. Asa Lanova restait alors avec ses grands-parents qui l’ont plutôt élevée que réellement éduquée. 00:02:38 – 00:02:59 (Séquence 4) : Asa Lanova avait une autre grand-mère qui habitait Lausanne. Elle était souvent emmenée chez l’une ou l’autre grand-mère. Elles étaient très différentes, mais autant excentriques l’une que l’autre. Asa Lanova est contente d’avoir obtenu un héritage de ses aïeules plutôt que de ses parents. 00:03:01 – 00:03:27 (Séquence 5) : Asa Lanova est interrogée sur l’activité de ses parents. Avant que sa mère ne fît connaissance avec son père, architecte de profession, elle était fleuriste. Asa Lanova est née peu de temps après leur rencontre. Elle est la seule enfant de la famille. 00:03:29 – 00:04:38 (Séquence 6) : Les parents d’Asa Lanova ne ressentaient aucune fibre artistique, alors que ses grands-mères éprouvaient un sens du drame qu’elles lui ont transmis. Asa Lanova ne se considère pas comme une personne calme. Bien qu’elle possède un côté joyeux, elle a toujours aimé la tragédie et les choses difficiles. Quand elle était plus jeune, elle apprenait des tirades entières de Racine qu’elle déclamait le soir en revêtant la robe de bal de sa mère quand celle-ci ne la portait pas. Elle a traversé une enfance tiraillée entre les personnages de sa famille. Ses parents n’approuvaient pas le goût d’Asa Lanova pour le théâtre. Sa mère affichait un certain scepticisme tandis que son père exprimait un avis plus négatif. Il pensait que c’était une fantaisie qui disparaîtrait au fil du temps, ce qui n’a jamais été le cas. 00:04:40 – 00:06:27 (Séquence 7) : Asa Lanova a suivi des cours de théâtre. Elle prenait aussi des leçons de danse chez Mara Dousse au Théâtre Municipal où elle ressentait un certain plaisir. Dans le studio, elle se cachait dans un placard à cintre pour écouter les répétitions des comédiens de passage. Elle a été attirée par le théâtre à tel point qu’elle a hésité pendant un moment à choisir entre la danse et la tragédie. Le modèle d’Asa Lanova parmi les artistes était Sarah Bernhardt. Elle admirait sa manie de dormir dans son cercueil, ainsi que sa courte devise "quand même" que l’interviewée a fait sienne, ce qui signifie que, quoiqu’il arrive dans son existence, elle y arrivera quand même. Asa Lanova a finalement tourné le dos au théâtre pour se consacrer à la danse pour laquelle elle exprimait une énorme passion. Elle était faite pour cet art. Vers l’âge de 13 ans, une danseuse étoile de passage lui a assuré que si elle travaillait sérieusement, elle aurait le monde à ses pieds. L’interviewée confie en plaisantant qu’elle n’a toujours pas amené le monde à ses pieds et qu’elle l’attend toujours. Elle pense qu’elle a failli s’engager dans une grande carrière et se compare à une étoile filante. 00:06:30 – 00:07:29 (Séquence 8) : Asa Lanova a étudié la danse auprès de Mara Dousse, professeur lausannois. Elle était sévère, mais restait tendre avec Asa Lanova qui la considérait comme sa mère. Elle est partie pour Paris, possédant une faible expérience en tant que danseuse. Elle a pris des cours dans un internat en Angleterre dans lequel elle pense avoir davantage appris l’anglais que la danse. L'institut était très rigide et on allait communier tous les matins. Asa Lanova l'appréciait, mais elle n'aimait pas l’école anglaise comme celle de Margot Fonteyn. Elle estime que ce n’était pas grand-chose en comparaison avec l’école russe et plus tard avec celle de Béjart. 00:07:33 – 00:09:23 (Séquence 9) : A l’âge de 17 ans, Asa Lanova est partie pour Paris pour approfondir sa formation en danse et par refus de rester à Lausanne Elle avait un bagage en danse assez léger. Elle a rapidement rencontré des gens merveilleux, a pris des cours avec Olga Preobrajenska et a rencontré le grand professeur russe Lubov Egorova. Toutes les étoiles étaient présentes dont Sacha Kalioujny, Vladimir Skouratoff ou Rosella Hightower. Cet univers russe imprégné de sentiments d’exaltations et d’expressions dramatiques lui convenait bien. Elle pense que c’était l’époque la plus heureuse de sa vie. Ces rencontres se déroulaient au studio Wacker de Paris. Cette salle n’avait aucun confort et était quelque peu insalubre. Elle se souvient qu’il y avait des odeurs d’eau de Cologne et qu’à chaque étage on entendait résonner l’accent russe. Tout ce monde était magique pour elle. Asa Lanova a commencé à apprendre le russe et elle souhaite maintenant reprendre son étude, car elle aime cette langue et également le peuple russe. Après les cours de danse, elle se rendait dans un bistrot russe et répétait tout ce que lui racontait une vieille serveuse. 00:09:27 – 00:10:05 (Séquence 10) : Lors de son séjour à Paris, les conditions de vie d’Asa Lanova étaient difficiles. Son père lui envoyait très peu d’argent car il pensait que la vie parisienne était facile à mener. Elle dépensait la moitié de ses ressources financières pour prendre des cours privés avec Olga Preobrajenska. Et bien qu’à cette époque elle logeait dans de misérables mansardes et avait à peine de quoi manger, elle était heureuse parce qu’elle ne vivait que pour la danse qui l’animait d’un feu sacré. 00:10:09 – 00:10:47 (Séquence 11) : En arrivant à Paris, elle loua une petite chambre chez les parents de Maurice Ronet, comédiens de profession. Elle était donc plongée dans cet univers de tragédie. A cette époque Maurice Ronet était mobilisé à l’armée, mais sa femme, Maria Pacôme, était présente. Ana Lanova garde d’elle un souvenir étonnant. Elle raccommodait ses bas de soie en utilisant les longs cheveux blonds d’Asa Lanova. 00:10:52 – 00:13:15 (Séquence 12) : Un jour, à la sortie d’un cours d’Olga Preobrajenska, Asa Lanova a trouvé une annonce pour une audition. Bien que timide, elle a décidé de s’y rendre. Dans la salle, il y avait beaucoup de candidates et un homme assis derrière une table prenant des notes. Cet individu, Maurice Béjart, était d’une beauté "diabolique". Asa Lanova explique qu’elle l’a appelé par la suite Satan, ce qui n’a d’ailleurs pas plu à Béjart, mais il n’a pas compris que de la part d’Asa Lanova ce qualificatif n’était en rien péjoratif. Alors jeune, l’interviewée s’est éprise d’une passion embrasée pour cet homme. Ils sont devenus un couple à la ville et sur scène. Elle a notamment incarné Ophélie dans le ballet intitulé "Hamlet et Ophélie". Maurice Béjart, de son vrai nom Berger, était alors peu connu en tant que chorégraphe. Quand il a vu qu’elle habitait dans des mansardes, il lui a proposé de venir loger chez lui à la rue Bergère. Asa Lanova souligne que c’était une époque fabuleuse, bien que parfois elle passât ses nuits à l’attendre sans le voir rentrer. 00:13:20 – 00:13:52 (Séquence 13) : Asa Lanova se souvient d’un repas merveilleux que Maurice Béjart lui avait organisé comme surprise. Ils mangeaient par terre, car ils n’avaient ni table ni couverts. Il avait préparé un repas nordique. Il avait en effet séjourné en Suède. Il fit jouer un disque intitulé "Plus bleu que le bleu de tes yeux". Elle précise qu’elle ne peut pas écouter cette chanson sans pleurer. 00:13:57 – 00:16:18 (Séquence 14) : Asa Lanova a quitté Maurice Béjart comme tous ceux qu’elle a ardemment aimés à cause d’un trop-plein d’amour. Elle était effrayée par ce sentiment qu’elle lui vouait. Il avait une grande emprise sur elle. Elle ne se sentait pas à la hauteur de leur relation. Elle lui dit un jour qu’elle partait en vacances durant quinze jours en Suisse. Mais finalement elle n’est pas revenue chez lui où elle avait laissé ses habits. Il lui écrivit alors des lettres dans lesquels il la traitait de "petite vache suisse". Elle pense qu’il ne lui a jamais pardonné sa trahison. Asa Lanova l’a retrouvé plus de trente ans plus tard. Elle se sentait déchirée et refusait de le voir. Pour ne pas risquer de le rencontrer à la Riponne à Lausanne où il s’est installé en 1987, elle effectuait de grands détours. Elle explique qu’elle a fini par le croiser lors d’une circonstance extraordinaire. Elle savait qu’un film intitulé "B. comme Béjart" devait être projeté et a décidé d’aller le voir. Elle a été bouleversée par cette œuvre qu’elle a revue plusieurs fois. Elle comprit alors qu’elle n’avait aimé dans sa vie que Maurice et qu’elle n’avait fait que le fuir par passion. Elle a donc commencé à lui écrire des lettres enflammées. Un jour, il lui a dit qu’il n’avait jamais compris pourquoi elle était partie ce à quoi elle lui a répondu que son excès d’amour pour lui en avait été la raison première. 00:16:23 – 00:16:55 (Séquence 15) : Asa Lanova lui a envoyé le livre dans lequel elle parlait de lui, en le nommant notamment Satan. Il était furieux d’être appelé par ce sobriquet. Elle a essayé de lui expliquer que ce nom évoquait l’œuvre intitulée "la beauté du Diable". Elle n’a jamais su s’il avait lu ce livre. Elle se rendait à ses répétitions générales et chaque fois qu’elle le voyait il lui disait qu’ils parleraient de ce sujet à un autre moment. 00:17:01 – 00:17:36 (Séquence 16) : L’interlocuteur demande à Asa Lanova ce que Maurice Béjart a pensé d’elle en tant qu’écrivain. Elle se rappelle un jour où, lorsqu’elle est allée le voir après une de ses répétitions, il lui a exprimé sur un ton cynique : "Maryse Jaton, écrivain !" Il lui a proposé de la revoir, puis lui a dit qu’il ne pouvait pas raccorder le passé au présent, car le passé avait été tellement merveilleux. 00:17:42 – 00:20:07 (Séquence 17) : Au début des années 1950, Asa Lanova continue sa formation en danse auprès d’un autre maître russe, Boris Kniaseff, très compétent mais intransigeant. Elle se rappelle qu’il traitait ses élèves de façon effroyable, en particulier elle-même, car elle était sa favorite. Elle se souvient d’une de ses phrases terribles : "Maître a pouvoir de cracher sur toi, et tu dis, merci maître". Il voulait la façonner à l’image de sa femme, Olga Spessivtseva. C’est pour renforcer sa ressemblance avec cette dernière qu’elle a dû teindre ses cheveux blonds en couleur noire-bleue. Le coiffeur n’a pas réussi à obtenir ce résultat. Kniasef souhaitait également qu’elle prît un autre nom, un prénom de gazelle, Asa. Il ignorait que chez les Arabes, la gazelle tartare est inatteignable, symbolisant ainsi une beauté inaccessible. C’était une sorte de prédestination qu’elle-même a compris bien plus tard : Asa Lanova la gazelle tartare. Chaque fois qu’il sentait qu’elle avait l’intention de danser dans une compagnie, il lui disait qu’elle n’était pas prête. Elle était une sorte de ballerine de studio mais cette situation lui convenait, car elle avait le tract sur scène. Avant de danser pour Maurice Béjart, elle n’éprouvait pas ce sentiment mais par la suite, elle a perdu la grâce des grandes ballerines qu’on lui prêtait. C’est la raison pour laquelle elle n’a plus jamais dansé comme auparavant. 00:20:14 – 00:21:26 (Séquence 18) : Asa Lanova a étudié auprès de Kniaseff à Lausanne puis à Genève avant de repartir en France. Elle ne se souvient plus des circonstances de son départ. Elle a fait partie de la troupe de Raymundo de Larrain, le neveu du Marquis de Cuevas. Dans la production quasi hollywoodienne de Cendrillon, elle tenait deux petits rôles : la princesse du Siam et la fée printemps. Elle y a rencontré Philippe Dahlmann qui allait devenir son mari. Ils ont formé un duo à la ville et sur scène, car ils ont beaucoup dansé ensemble. Il avait plus de maîtrise technique qu’elle et sur scène elle suivait sa chorégraphie. 00:21:33 – 00:22:43 (Séquence 19) : Accompagnée de Philippe Dahlmann, Asa Lanova est revenue en Suisse au Grand Théâtre de Genève sous la direction de Serge Golovine qu’elle tient en grande estime et qui, par ailleurs, ne s’entendait pas très bien avec Dahlmann. C’était un danseur merveilleux qui a souffert de la venue en Europe de Rudolf Noureïev. Il lui a redonné un peu la grâce qu’elle avait perdue. Par la suite, elle est partie pour Zurich dont le séjour s’est conclu sur un bilan mitigé. Elle a eu l’occasion d’interpréter deux beaux rôles sous la direction de Michel de Lutry, la princesse de l'Histoire du soldat et la Reine des Willis du ballet Giselle. Cette expérience ne l’a cependant pas marquée et ne valait pas celles des compagnies dans lesquelles elle avait évolué auparavant. 00:22:51 – 00:24:49 (Séquence 20) : L’interlocuteur évoque des situations en France ou à Monte-Carlo où Asa Lanova reculait devant l’obstacle. En effet, elle prenait peur face à la difficulté. Cette appréhension a toujours hanté l’esprit d’Asa Lanova et l’empêchait de se sentir à la hauteur de la tâche. Un exemple édifiant vient confirmer ce propos. Serge Golovine qui l’aimait beaucoup a essayé à trois reprises de la faire engager dans la troupe du Marquis de Cuevas. Les deux premières tentatives se sont soldées par un échec. Asa Lanova ne réussit à être embauchée que la troisième fois. La sœur de Serge Golovine est allée elle-même chercher le maître de ballet pour qu’elle signe son contrat. Prise d’un grand trouble, elle est partie se cacher dans une chambre d’hôtel. Réalisant ce qu’elle avait perdu, elle a commis une grave tentative de suicide. L’interlocuteur demande à ce moment à Asa Lanova s’il existe des raisons dans son enfance qui expliqueraient cette crainte persistante. Ne pouvant fournir de cause plausible, elle pense que l’angoisse qu’elle a toujours ressentie est endogène, c’est-à-dire qu’elle est née ainsi. Certes, une de ses grands-mères était très angoissée, mais elle n’a pas été confrontée à un choc particulier dans son enfance qui pourrait être à l’origine de cette peur. 00:24:58 – 00:26:48 (Séquence 21) : Après Genève, Zurich, Paris et Monte-Carlo, Asa Lanova est retournée à Lausanne où elle ouvre avec Philippe Dahlmann une école de danse. Elle y a enseigné quelque peu, bien qu’elle n’ait pas un don naturel pour cette activité, mais elle aime les enfants. Elle s’est alors repliée sur sa maison d’Epalinges qu’elle a adorée et dans laquelle Clara Haskil a habité. Cette maison était une vieille ferme de 1833. Elle s’y sentait merveilleusement bien. Elle a alors compris qu’elle se sentait appartenir au peuple terrien, car elle est le mélange d’une danseuse et d’une paysanne. A Epalinges elle a pu cultiver la terre et elle a découvert et appris le tissage grâce à un ami [ Pierre Gisling ]. Le fait de pouvoir toucher des éléments tangibles l’a sauvée. Cet art comme la danse est un exercice qui requiert plus de force mentale que de force physique. Elle était tombée dans une profonde dépression, car elle avait pris conscience de l’impossibilité de revenir dans le monde de la danse. Elle a cependant toujours continué son entraînement. Chaque jour et de manière rigoureuse, elle commence par des exercices à la barre. 00:26:57 – 00:28:12 (Séquence 22) : A Epalinges, Asa Lanova a abandonné progressivement le métier à tisser pour l’écriture. Quand elle était jeune, elle a toujours beaucoup lu, telle l’œuvre de Montherlant. Elle aimait tellement l’écriture qu’elle a réussi à produire trois dramatiques qui ont été réalisées par la Télévision Suisse Romande. Lors de sa rencontre avec Michel Soutter, il lui a dit que le temps était venu pour elle d’écrire un roman. Asa Lanova retrace ici les circonstances de la publication de son œuvre. Elle était partie pour Paris avec une dizaine de manuscrits qu’elle avait envie de publier chez Pauvert. En croyant entrer chez cet éditeur, Asa Lanova s’est retrouvée par erreur chez Régine Deforges, absente lors de son passage. On l'a alors priée de laisser son manuscrit. Quelques jours plus tard, elle a reçu une lettre lui annonçant que la maison d’édition serait heureuse de publier son premier roman "La dernière migration". 00:28:22 – 00:29:35 (Séquence 23) : L’interlocuteur demande à Asa Lanova s’il était difficile de passer de l’écriture d’une dramatique à celle d’un roman. Asa Lanova révèle que l’exercice s’annonce ardu, car elle écrit toujours le manuscrit trois fois. Obstinée, elle passe des heures à sa table d’écriture et jette souvent tout son travail à la corbeille. Elle considère qu’elle n’a toujours pas beaucoup d’expérience dans l’écriture. Elle se décrit comme une autodidacte. A ce propos, elle se rappelle que lors de ses études, elle n’a pas obtenu son certificat d’aptitude, car le directeur de l’Ecole de jeunes filles dans laquelle elle se trouvait estimait qu’elle manquait trop les cours à cause de ses participations à des spectacles au Théâtre Municipal, sous la direction de Mara Dousse. Il avait osé lui dire qu’elle n’était pas faite pour ce type d’études et qu’il valait mieux qu’elle s’en allât définitivement. Ses parents n’étaient pas ravis de cette situation, mais Asa Lanova était soulagée de ne plus suivre les cours de l’école. 00:29:46 – 00:31:23 (Séquence 24) : Asa Lanova pense que sa passion pour l’écriture vient de la lecture, qu’elle a beaucoup pratiquée et pour laquelle elle a éprouvé la même passion que pour la danse. Elle ne renie rien de son passé, car elle pense qu’on naît et qu’on meurt danseuse. Elle présente un double aspect, celui de danseuse et d’écrivain. Elle a de la peine à se définir en tant qu’écrivain, ce qui lui paraît un peu prétentieux, c’est pourquoi elle se décrit plutôt comme une femme qui écrit avec beaucoup d’humilité. L’interlocuteur relève qu’Asa Lanova lui a dit un jour qu’elle se sentait plus danseuse qu’écrivain. Cette remarque lui rappelle qu’elle essaie de refouler son sentiment de bouleversement qui surgit lorsqu’elle apprend que des spectacles de Maurice Béjart sont donnés en représentation. Et cela, malgré sa disparition qu’elle ne peut encore accepter. Il a tenu à son insu le fil de la vie d’Asa Lanova entre ses mains. Elle a appris sa mort un matin par téléphone, ce qui lui a infligé la douloureuse impression que sa propre vie s’arrêtait aussi. Elle n’arrive toujours pas à croire qu’il n’est plus là. Elle a la sensation qu’il est immortel. Il lui arrive de passer à côté de chez lui et dans ces moments elle a envie de le voir ou de lui parler. 00:31:34 – 00:33:39 (Séquence 25) : L’interlocuteur invite Asa Lanova à parler à nouveau de la littérature. Elle a écrit son roman "Crève l’amour", sept ans après la parution de ses deux premiers livres. Elle explique qu’elle a joui d’une certaine chance. Elle a envoyé le manuscrit aux éditions Acropoles. Georges Belmont a choisi de s’occuper d’elle et de diriger son écriture, pas en tant que correcteur mais comme directeur d’auteur. C’était un homme de grande culture qui a créé la collection Pavillon chez les éditions Laffont. Il était directeur des magazines "Match" et de "Marie France". Il était aussi un grand poète et un grand traducteur. Georges Belmont est décédé le 26 décembre 2008, plus d’une année après celle de Maurice Béjart (22 novembre 2007). Elle a perdu les deux axes de sa vie, les deux êtres qui lui manquent le plus cruellement. Il était le traducteur favori de Miller qu’admire Asa Lanova. Il a aussi travaillé les œuvres de Beckett et de Joyce. L’interlocuteur demande à Asa Lanova si Georges Belmont a plus compté dans son cœur que ses deux maris. Elle répond que son deuxième mariage n’a pas duré, ce dont elle est contente. 00:33:50 – 00:34:25 (Séquence 26) : Asa Lanova a été guidée par Georges Belmont pour la rédaction de plusieurs de ses livres. Au fil du temps, il s’imposait de moins en moins dans son écriture. Ils étaient devenus de vrais amis comme deux compères. Il venait en vacances chez elle à Epalinges ; de même, elle se rendait dans sa maison à Aix-en-Provence où il avait décidé de s’installer pour pouvoir mieux écrire. Mais il n’a jamais écrit une ligne à Aix, aussi est-il retourné à Paris. 00:34:37 – 00:36:39 (Séquence 27) : Asa Lanova a publié "L’étalon de ténèbre" chez Régine Deforges. L’interlocuteur cite la préface de cet éditeur dans "Le testament d’une mante religieuse" qui évoque Asa Lanova : "la quête de l’absolu qui passe par l’abandon de soi dans les mains de l’autre, d’une connaissance au travers de la transgression, la mise à plat de toutes les certitudes". Asa Lanova répond à l’interlocuteur qu’il est possible que la mante religieuse ne soit autre qu’elle-même. Dans ses livres est contenue une grande part autobiographique, sauf dans "La nuit du destin". Régine Deforges avait perçu avec justesse le côté ascète d’Asa Lanova. Celle-ci estime qu’elle présente aussi une autre facette, ayant trait à l’érotisme. Elle l’a en effet toujours considéré comme appartenant au registre mental, voire comme une tendance plus ascétique que simplement physique. Elle rappelle qu’il faut faire la différence entre l’érotisme, qui est quelque chose de beau et de présent dans son livre "L’étalon de ténèbre", et la pornographie qui est selon elle d’une indécence lamentable. Par rapport à ses œuvres, elle ne craint pas de choquer. A ce sujet, l’interlocuteur se souvient qu’elle lui avait demandé si un de ses romans avait heurté sa sensibilité. Asa Lanova ajoute enfin qu’elle ne comprend pas pourquoi les gens sont frileux face à l’érotisme. Son éditrice Régine Deforges a eu quant à elle des problèmes à cause de ce thème, elle a dû en conséquence publier sous le manteau. 00:36:52 – 00:37:11 (Séquence 28) : Asa Lanova est restée fidèle à l’éditeur Bernard Campiche qui a publié plusieurs de ses livres. Elle le tient en haute estime. C’est un grand éditeur et un homme généreux. Ces livres sont toujours magnifiques tant au niveau de l’esthétique du papier que des caractères typographiques. 00:37:24 – 00:37:30 (Séquence 29) : L’œuvre d’Asa Lanova a été couronnée par le Prix Schiller. Elle en était heureuse. A cause de sa peur qui l’a toujours habitée, elle s’est demandée si chacun de ses nouveaux livres serait à la hauteur du précédent. 00:37:43 – 00:39:14 (Séquence 30) : A la fin des années 1990, Asa Lanova est partie de Suisse et s’est installée en Egypte. Elle connaissait déjà ce pays dont elle était tombée amoureuse à l’occasion d’un voyage chez des amis. Elle ne saurait en déceler les raisons. Elle explique qu’Alexandrie est une ville complètement folle, fascinante et détestable. Rien n’y fonctionne mais en même temps un grand bonheur y règne. Les gens les plus pauvres sont heureux. Elle a été frappée par l’expression de la foi et de la ferveur des gens lorsqu’elle les a vus aux heures de la prière s’agenouiller sur le trottoir. Elle-même croit en des forces vives de l’univers. Elle a souhaité comprendre ce qu’était le Coran à travers un acte concret : sa conversion à l’Islam à la Grande Mosquée du Caire. Pourtant, elle ne le pratique pas. Cela traduisait davantage une quête de soi, car dans sa vie elle a toujours cherché à aller plus loin et à essayer de se surpasser. Elle n’est pas partie seule dans ce pays, ce qu’elle regrette. Elle souhaite ne rien dire de son second mari. 00:39:27 – 00:40:21 (Séquence 31) : Asa Lanova pense qu’elle s’est réellement intégrée à la vie d’Alexandrie. Elle passait la plupart de son temps dans le studio dans lequel elle écrivait. Au niveau relationnel, les gens riches ne l’ont jamais intéressée. Elle préférait fréquenter les ouvriers et les gens simples. Elle a d’ailleurs été bouleversée par le sens de l’hospitalité et la gentillesse des Alexandrins et des Egyptiens. Ils ont la particularité de passer du rire aux larmes sans transition. Elle s’esclaffe toujours de cette maxime selon laquelle "La plus belle des histoires est encore de raconter sa propre histoire en en mourant de rire". Elle prend cette phrase à son propre compte, car elle-même a eu beaucoup de déboires : elle veut rire de sa vie et éviter les regrets qui ne servent à rien. 00:40:35 – 00:41:02 (Séquence 32) : Asa Lanova souffre de blessures qui resteront à jamais gravées en elle, comme les morts de Maurice Béjart et de Georges Belmont. On lui demande si elle a des regrets. Elle répond l’un de ses regrets est de savoir qu’elle a bénéficié dans sa vie de chances incroyables qu’elle a souvent fuies. 00:41:16 – 00:43:07 (Séquence 33) : Asa Lanova a été touchée par la dimension mystique d’Alexandrie. Elle n’a jamais vu autant de bonheur de vivre que dans les quartiers pauvres de cette ville. Il y a beaucoup d’entraide et d’amitié, ce qu’elle ne retrouve pas en Suisse. Dans son livre "La nuit du Destin", elle révèle ce côté mystique dont elle se dit sensible. Pour elle, cela se traduit par les forces vives qui sont dans l’univers. Elle ne croit donc pas à la mort, mais à la réincarnation après la vie. Elle fait référence à une expression d’après laquelle lorsque l’âme quitte le corps, elle ne peut pas se désagréger, car elle a trop de force. Elle erre quelque temps avant de se réintégrer dans un être vivant, c’est un processus qu’elle appelle la métempsychose. Il est possible de se réincarner dans une fleur ou dans un arbre comme l’a fait son grand-père. Asa Lanova serait ravie de revenir sur Terre sous la forme d’un chat. 00:43:22 – 00:45:01 (Séquence 34) : Asa Lanova possède 11 chats. Elle en a même eu jusqu’à 19 en même temps. Elle explique que ce n’est pas elle qui va les chercher, mais que ce sont eux qui viennent à elle. Elle a toujours eu pitié d’un animal blessé ou abandonné. Une des raisons qui l’ont fait quitter l’Egypte est la cruauté exercée envers les animaux. Elle a assisté à des empoisonnements à la strychnine, et à la mise à mort de chiens à coup de barre de fer. Elle n’a jamais pu supporter ces atrocités. Elle est revenue en Europe avec des animaux. Entre elle et les bêtes, il y a un rapport occulte et une transmission de pensée. Elle décrit le chat comme un être doué d’une harmonie et d’une sérénité. Un seul chien vit avec elle dans cette maison, il vient du désert. Elle a ramené d’Egypte cinq chiens et six chats. Elle précise qu’elle n’a eu aucun problème à la douane, ce qui, selon elle, constitue un miracle ou l’œuvre d’une bonne fée. 00:45:16 – 00:47:28 (Séquence 35) : A son retour d’Egypte, Asa Lanova était démunie. Elle s’est pourtant toujours sacrifiée pour les animaux. Elle a vécu d’abord deux ans en Savoie, dans une maison insalubre au plancher troué et en proie à une grande humidité provenant des caves. Elle y a écrit "Les jardins de Shalalatt". C’était une période difficile. Comme elle possédait peu d’argent et que la demeure ne comportait pas de chauffage, elle allait durant la nuit voler du bois. Asa Lanova a ensuite pu s’installer dans la maison de Pully. Sa mère qui y vivait perdait progressivement de son autonomie, car elle souffrait de la maladie d’Alzheimer. Elle a finalement été transférée à Cery. Asa Lanova ressentait le bonheur de retrouver l’habitation de son enfance et en même temps éprouvait une énorme culpabilité. L’interlocuteur souligne qu’être propriétaire d’une maison ne signifie nullement nager dans l’opulence. Asa Lanova pense qu’elle risque de perdre cette propriété, mais elle compte bien se battre pour y rester et pour que personne ne la lui enlève. A la question de son âge, elle explique en préambule qu’elle ne croit pas en cette notion derrière laquelle les gens se retranchent trop facilement. Asa Lanova révèle finalement qu’elle a 76 ans. 00:47:43 – 00:48:00 (Séquence 36) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Asa Lanova et tourné à Pully le 1er avril 2009. Lien aux découpage sur la base de données original; Amis d'Asa Lanova Commune de Pully Fondation Vaudoise pour le Cinéma Loterie Romande Vaud Fonds REGIO Films avec la Loterie Romande et la Fondation Vaudoise pour le Cinéma; Distinctions, prix : Distinctions, prix : Grand Prix Schiller
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Willy Rohrbach, Asa Lanova (Du geste au mot), Association Films Plans-Fixes, https://www.europeana.eu/item/523/https___memobase_ch_record_apf_001_1242?utm_source=api&utm_medium=api&utm_campaign=mmurvess.

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