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Paul Géroudet (Ornithologue)

Müellif Olivier Frei
Materyal türü Yazma eser
Dil Çok dilli
Kurum Association Films Plans-Fixes
Kaynak Europeana
Not Parallèlement à son métier d'instituteur, l'ornithologie est sa vraie passion. Ses premières observations, au début des années trente, il pourra les faire dans les environs de Genève, car la nature est encore présente aux portes de la cité. Bientôt, il commence à écrire. Il est le premier à offrir aux ornithologues de langue française le tableau complet, admirablement écrit et documenté, de l'ensemble des oiseaux d'Europe. Il souligne que l'étude approfondie du monde des oiseaux, l'observation méticuleuse de leurs migrations, de leur prolifération, de leur diminution, voire de leur disparition, apporte une contribution majeure à la connaissance de la transformation des milieux. 00:00:00 – 00:00:11 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-fixes consacré à Paul Géroudet, ornithologue, et tourné à Genève le 27 septembre 1988. L'interlocuteur est Bertil Galland. 00:00:11 – 00:01:58 (Séquence 1) : Paul Géroudet a été qualifié de père du renouveau de l’ornithologie en Europe et on lui demande d’expliquer comment il est arrivé à écrire l’une des grandes synthèses des oiseaux de ce continent. Paul Géroudet se considère plus comme un disciple qu’un père de l’ornithologie. Il a été amené à écrire des livres sur les oiseaux lorsqu’en août 1939 Adolphe Niestlé, imprimeur pour les éditions Delachaux et Niestlé, lui a demandé de revoir un ouvrage du peintre Robert portant sur les rapaces, les colombins et les gallinacés. Paul Géroudet a vu le manuscrit et a procédé à quelques améliorations, mais il l’a fait dans les cantonnements car entre temps avait eu lieu la mobilisation générale. 00:01:58 – 00:03:23 (Séquence 2) : Paul Géroudet a été engagé par la Société romande pour l'étude et la protection des oiseaux comme rédacteur de la revue "Nos oiseaux" suite au départ d’Alfred Richard. Il s’est ainsi fait remarquer par les éditions Delachaux et Niestlé qui imprimaient cette revue. C’est pourquoi, alors qu’il n’avait que 22 ans, Paul Géroudet s’est retrouvé à corriger un manuscrit alors qu’il ne faisait de l’ornithologie que depuis six ans. Il avait tout de même beaucoup lu et observé. Paul Géroudet a ensuite écrit des livres pendant plus de 50 ans, créant une importante synthèse sur les oiseaux d’Europe. 00:03:24 – 00:04:35 (Séquence 3) : Paul Géroudet raconte comment il s’est découvert une passion pour les oiseaux. Il était élève au collège de Genève et s’intéressait déjà à la nature et à la botanique et c’est un de ses camarades, Maurice Blanchet, qui lui fit découvrir les oiseaux. Ensemble, ils ont fait de nombreuses observations et ont aussi bagué des mouettes dans la rade de Genève avec des bagues commandées à la Station ornithologique suisse de Sempach. Paul Géroudet a ensuite dévoré tous les ouvrages portant sur l’ornithologie qui pouvaient tomber sous sa main. 00:04:37 – 00:06:02 (Séquence 4) : On demande à Paul Géroudet s’il n’est pas antithétique de venir d’une grande ville comme Genève et de s’intéresser à la nature. Paul Géroudet rappelle que la Genève d’autrefois était bien plus sauvage. Il se souvient que l’on pouvait sortir de la ville même à pieds et arriver dans des endroits naturels où observer de nombreuses choses. Actuellement, il faut bien sûr aller plus loin. Pendant les congés, Paul Géroudet filait à la campagne à pieds ou en tram car il n’avait pas de bicyclette. Il a beaucoup appris sur le tas, par lui-même, et qualifie cela de "self-education". Il a commencé par s’intéresser aux oiseaux de Suisse romande puis finalement à tous les oiseaux d’Europe. 00:06:04 – 00:06:36 (Séquence 5) : Paul Géroudet adore lire et dévore tous types d’ouvrages de littérature, d’histoire et même de latin. C’est par amour de l’ornithologie qu’il a commencé à lire des livres en allemand ou en anglais, ce qui lui a rendu service dans la suite de ses études. 00:06:39 – 00:07:54 (Séquence 6) : Paul Géroudet a été un écrivain d’une rare fécondité. Avant d’être engagé à la revue "Nos oiseaux", il rédigeait des notes sur ses observations qu’il juge correctes, il écrivait aussi dans des carnets. Lorsqu’il a travaillé sur des livres, il a dû faire un effort non plus seulement sur la lecture mais aussi sur l’écriture. Il n’a pratiquement plus cessé d’écrire depuis son premier livre, il affirme que cela est devenu une drogue. 00:07:58 – 00:08:58 (Séquence 7) : Paul Géroudet a été rédacteur de la revue "Nos oiseaux". Il s’agit de la revue de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseaux fondée en 1913 et longtemps dirigée par Alfred Richard. La revue est donc au cœur d’une ornithologie romande, mais aussi francophone puisqu’elle tisse des liens avec la France. Paul Géroudet est genevois il n’a donc pas de problèmes avec les frontières. 00:09:03 – 00:10:24 (Séquence 8) : Paul Géroudet estime que les jumelles sont indispensables pour l’observation d’autant plus qu’il a toujours été myope. Il explique qu’au siècle passé déjà, les observateurs de la nature se servaient de lunettes puis de jumelles. Le directeur du Muséum d’histoire naturelle de Genève lui a ouvert les portes du musée et de sa bibliothèque et lui a aussi prêté une vieille paire de jumelles avec laquelle il a commencé à observer les oiseaux. Paul Géroudet pense que le monde est différent lorsqu’on l’observe avec des jumelles. Depuis cette époque, elles sont devenues un symbole de sa personnalité puisqu’elles pendent toujours à son cou. Aujourd’hui, Paul Géroudet observe les oiseaux avec un télescope car il ne peut plus se servir que d’un œil. 00:10:29 – 00:11:03 (Séquence 9) : Paul Géroudet a publié une série d’études sur les oiseaux constituant une synthèse et traitant entre autres des rapaces, des palmipèdes, des passereaux et des échassiers. Lorsqu’il a commencé ce travail, il n’existait pas de synthèse sur les oiseaux d’Europe en langue française. L’Angleterre et l’Allemagne étaient très avancées dans ce domaine mais il existait peu de choses en français. 00:11:09 – 00:11:48 (Séquence 10) : Paul Géroudet explique que l’Allemagne a une grande tradition ornithologique grâce à Naumann et son monumental traité sur les oiseaux d’Europe centrale. Depuis cet ouvrage paru vers 1906, l’ornithologie a beaucoup été étudiée en Allemagne. 00:11:55 – 00:12:10 (Séquence 11) : Paul Géroudet explique que depuis le XVIIIe siècle l’Angleterre est un pays extrêmement développé en ornithologie. De nombreux livres traitant d’ornithologie y sont parus. Ils ont été réédités et améliorés au fil du temps. 00:12:17 – 00:13:14 (Séquence 12) : La tradition francophone de l’ornithologie ne disposait pas, selon Paul Géroudet, d’ouvrages de référence solide à part peut-être le Buffon mais qui était quelque peu dépassé. Paul Géroudet cite aussi un ouvrage sur l’ornithologie du Gard ou encore celui sur l’ornithologie européenne de Degland et Gerbe. L’idée de Paul Géroudet était de fournir une véritable histoire naturelle des oiseaux, une histoire où on les verrait vivre, où l’on apprendrait à les identifier, à savoir comment ils nichent et comment ils se nourrissent. De plus, pour que cela parle au grand public, Paul Géroudet insiste sur le fait qu’il faut écrire cette histoire naturelle de façon littéraire, vivante tout en gardant une précision scientifique. 00:13:22 – 00:14:00 (Séquence 13) : Paul Géroudet essaie de transmettre dans ses livres son sentiment vis-à-vis des oiseaux et de les décrire dans leur biotope d’une façon vivante et colorée comme il les a vus et . Au bord de la mer, dans les Alpes, à la campagne ou sur les maisons, il y a toujours quelque chose à observer chez les oiseaux. 00:14:08 – 00:15:19 (Séquence 14) : Paul Géroudet a beaucoup lu et a fait des synthèses de ce qui paraissait en langues allemande, anglaise et française. Il a aussi fait de nombreux voyages ornithologiques. Paul Géroudet s’est efforcé de connaître les oiseaux d’Europe dans leur biotope, il est donc allé en Laponie, en Islande, au Spitzberg, en Angleterre, en Europe centrale, en Espagne, en Italie et en Grèce. Paul Géroudet a aussi voyagé au-delà des frontières européennes, en Turquie, en Inde et même en Afrique du Sud et en Amérique. Il a pourtant publié uniquement des livres sur les oiseaux d’Europe. 00:15:27 – 00:16:29 (Séquence 15) : Paul Géroudet prépare ses voyages. Avant de se rendre dans un pays, il lit tout ce qu’il peut trouver et cherche à identifier des lieux d’observation pour les oiseaux. Sur place, il prend parfois contact avec des ornithologues locaux qui sont souvent heureux de montrer les bons points d’observation qu’ils connaissent. Paul Géroudet prend des notes dans des cahiers et tente d’écrire tout ce qu’il voit de façon détaillée. 00:16:38 – 00:18:16 (Séquence 16) : Paul Géroudet prend des notes durant ses observations et accumule de la documentation, il passe ensuite à la synthèse de façon ordonnée. Paul Géroudet croit savoir sentir l’oiseau, il a d’ailleurs une très bonne ouïe éduquée par ses observations. Il pense que, les yeux bandés dans un bois, il serait capable de dire quelles espèces d’oiseaux s’y trouvent, comme tout bon ornithologue de terrain d’ailleurs. Paul Géroudet rassemble donc ce qu’il entend, ce qu’il observe, ce qu’il note et ce qu’il lit dans ses livres qui sont bien des histoires naturelles où il raconte la nature. Pour arriver à un bon texte, il noircit beaucoup de papier. 00:18:26 – 00:20:21 (Séquence 17) : Paul Géroudet a aussi effectué un travail de traduction, notamment pour le Peterson. L’édition originale en anglais est sortie en 1954, illustrée par Peterson et écrite par Mountfort et Hollum, deux ornithologues. Les éditions Delachaux et Niestlé ont demandé à Paul Géroudet d’en faire la traduction française. Paul Géroudet a dû en faire l’adaptation car la vision d’un britannique sur les oiseaux du centre de l’Europe n’est pas la même que celle d’un Suisse. Ce livre a eu un énorme succès, car il a été traduit dans toutes les langues européennes. Paul Géroudet estime que ce livre a été une véritable révélation pour tous les amateurs d’ornithologie. 00:20:31 – 00:22:09 (Séquence 18) : Paul Géroudet aime particulièrement le traquet pâtre. Il s’agit d’un petit passereau, un peu comme le rouge-gorge mais vivant plutôt dans les régions de cultures que dans les bois. Le mâle a la tête noire, la poitrine rouge orangé, un petit collet noir sur la nuque et le dos noir et blanc. La femelle est brune et assez insignifiante. Paul Géroudet s’est intéressé à cet oiseau depuis 1947 et a suivi plus de 150 nids dans la seule région de Genève. Il a bagué des mâles et des femelles avec des bagues de couleur pour pouvoir les observer aux jumelles et suivre la vie de ces couples d’oiseaux nicheurs. Paul Géroudet a donc publié quelques articles sur le traquet pâtre, mais n’a pas encore pu exploiter l’entier de ses notes sur cet oiseau. 00:22:20 – 00:23:26 (Séquence 19) : Paul Géroudet pense qu’il est plus difficile pour l’homme de comprendre les oiseaux que les mammifères. Cela parce que l’homme est lui-même un mammifère. L’oiseau est très différent du mammifère, il n’a pas de flair, il vit surtout par sa vue et il vole. L’oiseau est un être très particulier, bien plus différent de l’homme que le renard par exemple. Paul Géroudet souligne que pourtant il y a partout des oiseaux et que la diversité des espèces et de leurs réactions rend l’ornithologie passionnante. 00:23:37 – 00:24:51 (Séquence 20) : Paul Géroudet dit de l’oiseau qu’il est un grand opportuniste. En effet, il cherche toujours la commodité surtout lorsqu’il s’agit de nourriture. L’oiseau va donc se rapprocher des sources de nourriture les plus pratiques et les plus abondantes. Cela l’amène souvent, selon Paul Géroudet, à de grandes évolutions. Durant ses longues années d’observation, Paul Géroudet a été témoin de nombreux changements chez les oiseaux. Certaines espèces avancent tandis que d’autres reculent et ces évolutions sont très importantes pour la compréhension même du monde. 00:25:03 – 00:25:49 (Séquence 21) : Paul Géroudet a observé que certaines espèces d’oiseaux ont disparu. Par exemple, dans la région de Genève nichaient quatre espèces de pie grièche, il n’en reste plus qu’une. La huppe ne vient plus nicher. Le torcol devient très rare. D’autres espèces avaient déjà disparu au siècle passé. Paul Géroudet souligne qu’il y a aussi des progressions ou des expansions, il cite l’exemple de la tourterelle turque qui est courante mais qui ne s’est installée en Suisse romande qu'au début des années 1960 seulement. 00:26:02 – 00:28:10 (Séquence 22) : Paul Géroudet a initié un recensement des oiseaux sur le Léman qui a permis d’estimer, d’après comptage, le nombre d’oiseaux sur le lac. Il a lancé cette opération durant hiver 1950-1951. Paul Géroudet pensait qu’il y avait assez d’observateurs qualifiés pour faire ce recensement des oiseaux en Suisse romande de façon méthodique. Paul Géroudet a développé pendant quelques années une méthode empirique et a trouvé des volontaires. Il a découpé tout le tour du lac en une vingtaine de secteurs. Il faut au minimum un observateur par secteur, mais le mieux est d’en avoir plusieurs se partageant le secteur afin d’augmenter l’efficacité. Les observateurs parcourent leur secteur et comptent les spécimens, espèce par espèce, en distinguant le sexe. En additionnant les chiffres de tous les secteurs, on obtient un résultat qui n’est pas exact mais qui est satisfaisant. 00:28:23 – 00:30:08 (Séquence 23) : Paul Géroudet a écrit "Les oiseaux du lac Léman" où il démontre que certains oiseaux ont, par opportunisme, augmenté leur nombre jusqu’au pullulement. Paul Géroudet parle du lac Léman qui est un organisme vivant et qui a connu des nombreux changements dus à l’homme comme l’introduction de la moule zébrée ou l’augmentation du plancton et de la végétation du lac, l’eutrophisation du lac, favorisée par les produits chimiques déversés par l’homme, comme le phosphore. L’homme lui-même est passé de chasseur à protecteur allant jusqu’à nourrir les oiseaux. Ces grands changements ont fait augmenter considérablement le nombre de canards sur le lac Léman. 00:30:21 – 00:33:04 (Séquence 24) : Paul Géroudet parle du grand laboratoire qu’est le lac Léman et plus particulièrement des cormorans. S’il y a 20 ou 30 ans, il était rare d’en apercevoir à la réserve naturelle des Grangettes, leur nombre augmente chaque année. Paul Géroudet explique que c’est à la fin de l’automne, durant les mois de novembre et décembre que leur nombre est le plus élevé, il atteint plus de 1600 oiseaux, voire 2000. En janvier et février, il n’en reste que le tiers soit environ 700. Paul Géroudet parle également des fuligules morillons qui sont nombreux pendant l’hiver. Ils nichent dans l’extrême Nord, en Sibérie occidentale dans le nord de la Russie et autour de la Baltique, mais certains nichent également sur les bords du lac Léman. La multiplication de cette espèce est liée à la multiplication de la moule zébrée, car le fuligule morillon est un oiseau plongeur. Les premiers signes de la présence de la moule zébrée remontent à 1964 ou 1965. Selon Paul Géroudet, il y a en moyenne entre 45000 et 60000 fuligules morillons en hiver, mais on en a compté 70000 certaines années. C’est bien sûr grâce au recensement mis en place autour du lac et à ceux faits à travers l’Europe que l’on peut véritablement observer les fluctuations, les évolutions des oiseaux. 00:33:17 – 00:35:36 (Séquence 25) : Paul Géroudet rappelle que jusqu’au début du XXe siècle les goélands étaient plutôt rares. Ce n’est que depuis la deuxième guerre mondiale que leur nombre a commencé à croître. L’espèce présente sur les bords du Léman est le goéland leucophée que l’on appelait autrefois goéland argenté. Cet oiseau est méditerranéen. Lorsque les effectifs ont augmenté en Méditerranée, ils ont remonté le Rhône et sont arrivés sur le Léman. L’expansion de l’espèce vers le Nord s’est poursuivie puisqu’il y en a qui nichent au bord du lac Léman, mais aussi au bord du lac de Neuchâtel, en Alsace ou au bord du lac de Constance. A l’inverse, le goéland cendré est venu de la mer du Nord et de la Baltique pour hiverner au bord du Léman. Quelques uns ont fini par s’installer sur le lac de Neuchâtel et sur le Léman vers le delta de la Dranse. Le Léman est donc devenu un point de rencontre pour ces deux espèces de goélands. 00:35:50 – 00:37:14 (Séquence 26) : Paul Géroudet raconte qu’il est parti en Islande pour observer le faucon gerfaut. Un ornithologue islandais lui avait signalé un endroit où ces oiseaux nichaient. Paul Géroudet s‘y est rendu et a pu observer les faucons gerfaut. Il a même été attaqué par ces oiseaux et a pu faire de très belles photographies. Paul Géroudet s’en souvient comme d’un très bon moment. 00:37:28 – 00:37:46 (Séquence 27) : Paul Géroudet explique que de nombreux oiseaux attaquent les observateurs, surtout dans le Nord. Il donne l’exemple de la sterne arctique, une hirondelle de mer qui, si l’on approche de son nid, fonce sur l’intrus et le pique sur la tête. Les gens qui habitent près d’une colonie de sternes arctiques ne se déplacent jamais sans un bâton ou un parapluie. 00:38:00 – 00:39:35 (Séquence 28) : Paul Géroudet lit un extrait d’un de ses livres. L’extrait concerne le pluvier doré : "Toute l’ambiance printanière de la Laponie est dans ce sifflement pur et mélancolique qui semble vous reprocher de pénétrer dans les solitudes. Il naît à l’orée des bouleaux rabougris, puis se répète et s’étire de toutes parts sur les vastes plateaux onduleux constellés de lacs et de marais." Paul Géroudet imite le sifflement du pluvier doré. "L’appel lancinant, relayé de proche en proche, nous accompagne dans les landes sèches, grises de lichen, parmi les brousses basses de saules et de lédons palustres d’où s’élèvent des vagues de moustiques, sur les hauteurs nues où affleure le granit et dans les tourbières au tapis tremblant de mousse verte et rougeâtre. Les pluviers dorés veillent et alarment partout à la fois, énervés et curieux. A demi masqué par un arbuste, sur un tertre rosi par les andromèdes en fleurs, un mâle est là qui nous observe, abaisse la tête en criant et tourne vers nous sa face noire ourlée de blanc et là-haut, à peine visible dans les nuées du ciel immense, voici qu’un autre décrit des circuits et les rythmes de modulations nostalgiques puis yodlées avec entrain. En juin dans les pays sans nuit du Nord, c’est la voix du pluvier doré qui tisse le sortilège de l’été." 00:39:50 – 00:41:19 (Séquence 29) : L’interlocuteur de Paul Géroudet souligne que grâce à ses observations, au guide qu’il a traduit, à ses ouvrages fondamentaux, aux recensements qu’il a initiés et surtout aux conclusions que l’on a pu en tirer, un véritable mouvement ornithologique s’est formé. Paul Géroudet parle d’une sorte de confrérie d’ornithologues et estime que tous sont attachés aux oiseaux à qui ils vouent une passion. Il y a partout des gens qui observent les oiseaux et rapportent leurs observations, dans toutes les langues. Même si l’observation se fait en solitaire, les amateurs d’oiseaux se sont souvent regroupés. Paul Géroudet précise qu’il existe des associations au niveau local, comme Nos oiseaux la société romande pour l'étude et la protection des oiseaux, mais aussi aux niveaux régional, national ou international. Paul Géroudet a participé à des congrès internationaux d’ornithologie qui se tiennent tous les quatre ans et réunissent plus d’un millier d’amateurs d’oiseaux venus du monde entier. 00:41:34 – 00:42:23 (Séquence 30) : On demande à Paul Géroudet quelle est l’évolution de l’ornithologie et où elle se dirige. Paul Géroudet distingue plusieurs niveaux. Il y a tout d’abord l’ornithologie au niveau universitaire où l’on étudie l’oiseau, sa biologie, sa physiologie d’une façon extrêmement savante, qu’il qualifie d’un peu ésotérique. Il y aussi le niveau du simple observateur qui fait cela pour son plaisir et trouve dans l’oiseau une manière de vivre et de comprendre le monde. Il y a aussi des gens qui travaillent sur les oiseaux, font des recensements ou des atlas. 00:42:39 – 00:44:35 (Séquence 31) : On demande à Paul Géroudet si la mobilisation des ornithologues a permis une prise de conscience au niveau politique, et a pu par exemple initier un changement d’attitude ou empêcher certains projets destructeurs. Paul Géroudet pense que les ornithologues ont toujours été à la pointe de la protection de la nature parce qu’ils savent l’importance du biotope. Il estime que tous les mouvements nationaux ou internationaux de protection de la nature sont truffés d’ornithologues passionnés. Paul Géroudet souligne que les ornithologues ont étudié en profondeur des régions clés, comme celle du Fanel au lac de Neuchâtel, et ont obtenu des mesures de protection de ces régions avec de moins en moins de difficultés puisque les milieux politiques sont convaincus de l’importance de ces biotopes. Les oiseaux sont très sensibles à la pollution et plus vite touchés que les humains, ils sont donc de bons indicateurs de la santé de la nature. Paul Géroudet pense que la prise de conscience amenée par les ornithologues doit progresser encore pour un monde meilleur. 00:44:52 – 00:45:22 (Séquence 32) : Paul Géroudet a comparé l'avifaune du Salève à une tapisserie très belle encore mais qui commence à se trouer. Il craint surtout la perte de la diversité. Dans un tapis neuf, toutes les couleurs sont là, puis on s’aperçoit que, petit à petit, certaines couleurs s’affadissent, d’autres disparaissent et que des trous se forment dans la trame. Le monde naturel commence à être attaqué et les mites, selon Paul Géroudet, sont les êtres humains. 00:45:40 – 00:47:26 (Séquence 33) : Paul Géroudet donne des exemples d’oiseaux qui disparaissent. En Europe, le nombre des espèces n’a pas subi d’énormes changements mais leur répartition a beaucoup changé. Il y a des régressions et des progressions. Toutes les espèces qui arrivent à profiter du mode de vie des hommes vont prospérer, les espèces qui ne peuvent s’en accommoder sont en danger. Paul Géroudet donne l’exemple du grand tétras qui survit dans les forêts du Jura et souffre de la pénétration humaine sur son territoire, en hiver surtout à cause du ski de fond. Les grands rapaces souffrent également. En Europe, il n’existe pas d’exemple d’oiseaux disparus et qui, suite à la réhabilitation d’une zone, sont revenus. 00:47:44 – 00:49:16 (Séquence 34) : Paul Géroudet insiste sur le fait que l’observation des oiseaux prouve à l’homme qu’il n’est pas le centre du monde et lui fait prendre conscience de l’infinité des êtres vivants autour de lui qui ont aussi le droit de vivre. Les oiseaux peuvent nous réconcilier avec un monde que beaucoup de signes pourraient nous faire croire en train de se dérégler. Pour exprimer en quoi sa passion des oiseaux a influencé sa façon de voir le monde, Paul Géroudet lit une citation de Charles Morgan, écrivain anglais : "Ce n’est pas une exagération sentimentale mais une simple vérité que d’affirmer que les oiseaux ont sur l’homme une influence purificatrice et rédemptrice. Dans ses heures les plus sombres quand il lui semble que sa propre espèce a pourri le monde entier, ils sont pour lui le témoignage visible du contraire." 00:49:35 – 00:49:44 (Séquence 35) : Générique de fin du Plans-fixes consacré à Paul Géroudet, ornithologue, et tourné à Genève le 27 septembre 1988. Lien aux découpage sur la base de données original; Une généreuse donatrice.; Œuvres citées : Buffon, Georges Louis Leclerc de. "Histoire naturelle des oiseaux" Médias : "Nos oiseaux" (revue)
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Olivier Frei, Paul Géroudet (Ornithologue), Association Films Plans-Fixes, https://www.europeana.eu/item/523/https___memobase_ch_record_apf_001_1058?utm_source=api&utm_medium=api&utm_campaign=mmurvess.